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MF8010 | ACHETER
Parodies spirituelles et spiritualité en parodies
Céline Scheen, soprano

LES MENUS-PLAISIRS DU ROY
Catherine Daron, traverso
Gail-Ann Schroeder, viole de gambe
Eriko Semba, viole de gambe
Ricardo Rodriguez Miranda, viole de gambe
Dimitri Dumon, percussion
Jean-Luc Impe, archiluth & direction

Parodies spirituelles et spiritualité en parodies

Sous l’impulsion de la Contre-Réforme, l’Église catholique décida de s’approprier les airs les plus en vogue du moment et de leur greffer, à l’envi, de nouveaux textes, plus propices à la méditation et à une pratique domestique de la prière. Parallèlement se développa une littérature coquine, voire polissonne, qui fustigeait les travers du clergé français tout en se moquant gentiment des aspirations libertines attribuées à certaines congrégations religieuses.

Parodies spirituelles…

Les parodies spirituelles qui fleurirent en France dès l’entame du Grand Siècle, n’ont pas seulement en commun avec le vaudeville d’être des œuvres textuelles qui s’attachent à des airs déjà connus mais de privilégier, bien plutôt, le temps de la diffusion à celui de la création. Plus que d’invention, il s’agit de profiter du meilleur de la musique pour dire et faire savoir le « vrai » ou le nouveau, suivant que l’on se place du côté religieux ou profane.
La pratique parodique, celle qui s’attache aux œuvres anciennes comme à celles nouvellement composées, aux compositions spirituelles comme aux profanes, consubstantielle au drame comme à toute autre forme artistique, rapproche, dans un même élan, les casuistes de la Contre-Réforme, les pamphlétaires politiques ou les écrivains de théâtre. Elle s’accroche aux airs mondains pour tenter d’élever notre âme ou s’attache à de petits fredons sans prétention mais d’une force surprenante pour railler la noblesse ou les détenteurs d’un quelconque pouvoir, religieux ou profane.

…et spiritualité en parodies !
Si, pour certains, le vaudeville est d’abord un texte, d’autres élargissent cette notion à la mélodie qui le porte ou, encore, ajoutent au couple texte-musique, des notions de versifications ou de contraintes prosodiques et lexicales. Plus qu’un problème de définition, dans l’univers du vaudeville, l’émergence des tensions issues de la confrontation de deux systèmes forts nous semble déterminante. L’alliance d’une structure poétique avec sa dimension musicale crée une dialectique de confrontation à l’intérieur de laquelle la musique peut gagner une autonomie telle qu’elle finit par porter bien d’autres sens que celui, strict, du texte qu’elle accompagne. Elle s’avère capable de rappeler des domaines de sens ou d’impressions, liés à des entités parfois extralittéraires, que nous nommerons « contexte », en tant que réactivation de référents non liés au texte soutenu .
L’usage des vaudevilles repose donc sur une alchimie complexe faite à la fois du plaisir de la reconnaissance et de l’effet de surprise entraîné par les nouvelles paroles ou par le choix d’un timbre dont les paroles originales entrent en contradiction avec la situation dramatique, politique, historique ou sociale, parodiée. Ce recyclage incessant des airs apparaît comme le principe constitutif d’un genre qui tire sa force créatrice d’un équilibre subtil se situant entre l’exigence de nouveauté et la référence à l’archi-connu.


17.03.2010
La Libre Belgique
François Jongen
Parodies spirituelles et spiritualités en parodies, Céline Scheen, Jean-Luc Impe
A l’occasion de son vingtième anniversaire, Les Menus-Plaisirs du Roy publie ce délicieux CD de parodies réciproques. D’un côté, des airs en vogue repris par l’Eglise catholique qui y greffe des paroles plus pieuses; de l’autre, des vaudevilles raillant les pratiques, officielles ou officieuses, dudit clergé. On y croise un abbé un peu leste, une nonnette s’ébahissant de la longueur de l’instrument d’un curieux musicien, ou une autre se grattant tant et si bien d’une puce logée dans son intimité qu’elle finit par la noyer. Musique agréable bien rendue par l’ensemble bruxellois, et surtout superbement chantée par Céline Scheen qui y met ce qu’il faut de candide innocence. 


 
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